11 mars 2007

Charest se fait contredire par son député

Charest se fait contredire par son député

Sylvain Larocque

Presse Canadienne

Sherbrooke

Le chef libéral Jean Charest s'est fait ramener à la dure réalité du terrain, dimanche, quand son député rebelle Pierre Paradis l'a contredit sur le bilan du gouvernement en matière de santé.

À l'occasion d'un brunch dans la circonscription de M. Charest, M. Paradis a aussi laissé entendre que devant la montée de l'Action démocratique, le Parti libéral devait répondre plus directement aux attentes des nationalistes.

«Quand vous regardez notre bulletin de santé, les gens savent que nous avons fait du bon travail, mais peut-être pas aussi bon que nous le prétendons», a lâché le député de Brome-Missisquoi devant des journalistes.

Pour illustrer son constat, Pierre Paradis a soutenu qu'aux urgences de l'hôpital Brome-Missisquoi-Perkins, en Montérégie, il y avait en moyenne 20 patients sur civières en 2003 et qu'il y en a aujourd'hui 15. M. Paradis a estimé que la situation s'était tout simplement «stabilisée», saluant néanmoins l'«effort surhumain» du ministre de la Santé, Philippe Couillard.




«Vous ne pouvez pas dire aux gens que le problème a été réglé, a-t-il estimé. Je peux dire aux gens qu'il a cessé de se détériorer et qu'il s'est amélioré un petit peu. Les gens veulent entendre la vérité.»

Il s'agit d'une critique directe du message central de M. Charest durant cette campagne, à savoir que les libéraux ont «redressé» le système de santé, même si beaucoup de travail reste à faire.

En conférence de presse, le chef libéral a refusé de commenter directement les propos de Pierre Paradis, se contentant de répéter que son gouvernement avait réduit certaines listes d'attente, «mis le système en réseau» et créé deux nouvelles facultés de médecine. Il a soutenu que son parti était le seul à faire du dossier sa priorité.

«On a un bilan impressionnant en santé et on a fait tout ce qui est humainement possible pour pouvoir redresser la situation», a-t-il affirmé aux côtés de plusieurs députés des Cantons-de-l'est et de la Montérégie, sauf M. Paradis.

Jean Charest martèle ce message dans presque tous ces discours, ce qui ne soulève jamais l'enthousiasme des foules, y compris chez les fervents libéraux, contrairement à d'autres sujets.

Preuve de l'animosité qui existe entre le clan Charest et M. Paradis, des officiels libéraux ont pris la peine de téléphoner à l'hôpital de Brome-Missisquoi, dimanche après-midi, afin de vérifier la véracité de ses informations. Résultat: selon le PLQ, il y avait dimanche 14 patients sur civières aux urgences de l'hôpital alors que la capacité est de 16 personnes.

«Sur la priorité de la santé, mon équipe s'entend parfaitement», a juré le chef libéral.

Nationalistes

Pierre Paradis s'est aussi permis, dimanche, de suggérer que M. Charest se rapproche des nationalistes tentés par l'ADQ et le Parti québécois.

«Ce que je lis pour le moment sur le terrain, c'est que les gens en région sont dans certains cas des nationalistes mous ou même assez durs, donc il faut que la position du Parti libéral du Québec, si on veut les rattraper d'ici la fin de la campagne, traduise correctement les sentiments de ces gens», a commenté le député.

M. Paradis a dit qu'il ne faisait pas directement allusion aux déclarations controversées de son chef sur la partition du Québec, mais il a glissé que certains électeurs «trouvaient nos positions peut-être un petit peu plus rigides sur le plan constitutionnel». Il a salué les «mises au point» et les «clarifications» apportées récemment par le ministre Benoît Pelletier, sans préciser à quoi il faisait référence.

Là-dessus, le premier ministre a assuré que son parti avait tout pour répondre aux aspirations des nationalistes.

«Rarement dans l'histoire du Québec aura-t-on été témoins d'une période où les Québécois auront fait autant de gains à l'intérieur du système fédéral», a-t-il martelé, en parlant des accords Québec-Ottawa des dernières années, qui ont totalisé 14 milliards $ d'après lui.

Pierre Paradis et Jean Charest sont à couteaux tirés depuis que le chef libéral s'est abstenu d'inclure le député montérégien dans son cabinet, en 2003. Depuis, leurs désaccords ont été nombreux, notamment sur la privatisation d'une partie du Mont Orford.

Un autre libéral de marque, l'ancien premier ministre Daniel Johnson, a assisté au brunch de Sherbrooke. Il s'est toutefois refusé à tout commentaire sur la campagne de M. Charest.

Quelques dizaines de manifestants des milieux syndicaux et étudiants ont accueilli le chef libéral à son arrivée à l'événement de dimanche, auquel ont assisté plus de 1000 partisans, ce qui en fait la plus importante foule libérale depuis le début de la campagne.