L’urgence de Maisonneuve-Rosemont: lieu propice à l’éclosion d’infections nosocomiales
(Copie d’une lettre ouverte adressée au ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard)
Monsieur le ministre,
Les journaux de fin de semaine rapportent que vous êtes fatigué d’être politiquement incommodé par les problèmes d’infections nosocomiales, telle la C difficile, qui ne cessent de surgir dans nos hôpitaux. Face à cette situation désagréable, vous avez donc incité fortement les membres de l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux, réunis en congrès il y a quelques jours, à accentuer leurs efforts pour rendre les hôpitaux plus propres en faisant «laver les murs, les plafonds et les planchers» de leurs établissements.
Un récent séjour comme patient à l’urgence de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, de Montréal, m’a cependant démontré, qu’au délà de la propreté des locaux, les conditions dans lesquelles sont hospitalisés - souvent durant plusieurs jours - la plupart des patients qui y sont admis constituent un terrain on ne peut plus fertile pour le développement de telles infections.
Les plus à plaindre sont certes les nombreux patients qui doivent séjourner sur des civières installées le long des corridors de l’urgence, un endroit parfois bruyant et balayé de forts courants d’air où circulent sans arrêt durant la journée les employés de l’hôpital comme les visiteurs de l’extérieur. Ne jouissant d’aucune intimité, dépourvus de services sanitaires à proximité, ces derniers, parqués comme du bétail, constituent une illustration saisissante de ce qu’on peut s’imaginer quand on parle de médecine de guerre. On se croirait dans le Tiers-Monde!
Heureusement, je n’ai séjourné que quelques heures dans le corridor. On m’a transporté dans une grande salle, appelée l‘annexe, pouvant accueillir quelque 25 patienta allongés sur des civières isolées par des rideaux. Cette salle est toujours bondée. Là, on a droit aux services d’infirmières souvent débordées; d’où leur haut taux de roulement.
Un séjour à l’annexe est certes préférable au corridor, mais c’est loin d’être satisfaisant pour un malade en phase aiguë. Il n’y a qu’une toilette et aucun endroit pour se laver, pas de chaises non plus pour accueillir les proches qui se présentent à votre chevet. Là, sont regroupés, pêle-mêle, des personnes affectées des maladies les plus diverses. Il y a aussi des mourants et surtout des patients dont l’urgence sert de porte d’entrée pour accéder à un établissement de soins prolongés. Plusieurs de ces derniers ont l’esprit dérangé et perturbent le sommeil des autres.
Pendant mon séjour dans ce capharnaüm, du 6 au 9 mai, ma voisine de gauche est décédée après trois jours d’agonie. N’aurait-on pu lui trouver une chambre pour qu’elle vive ses derniers moments dans la dignité ? Est-ce acceptable qu’au Québec en 2007 une salle d’urgence serve comme mouroir? Une de mes cousines était aussi décédée dans la même urgence, il y a quelques années, après plus d’une semaine d’hospitalisation.
Quant à ma voisine de droite, une dame de 87 ans très lucide, elle était hospitalisée depuis une semaine pour une pneumonie. On l’a d’abord reléguée dans le corridor où elle était en proie aux courants d’air. Puis on l’a mise en isolement pour vérifier si elle avait la C difficile. Au bout de cinq jours, on l’a retournée dans le corridor. Elle a dû faire venir un responsable et plaider vigoureusement sa cause pour pouvoir être transférée à l’annexe. Drôle de façon de remercier une personne qui avait fait bénéficier l’hôpital de ses activités de bénévolat pendant sept ans!
Il me fait toutefois plaisir de souligner que j’ai reçu des soins de qualité et que le personnel était dévoué. En somme, mon expérience m’a permis de constater que, lors de la phase initiale du séjour qui dure trop longtemps, les soins sont dispensés dans un environnement gravement déficient, ce qui est loin de faciliter une éventuelle guérison. Un manque d’accessibilité chronique, particulièrement dans les grands hôpitaux montréalais où les lits ne sont pas assez nombreux ou ne sont pas libérés assez vite une fois les soins aigus terminés, est probablement à la source de cette situation déplorable qui perdure depuis de trop nombreuses années.
Monsieur le ministre, je ne vous ai probablement rien appris de nouveau, mais il fallait que je témoigne de la détresse et de la souffrance dont j’ai été le témoin lors de mon récent séjour à l’urgence de Maisonneuve-Rosemont. J’espère que ce témoignage contribuera à ce que dans la bureaucratie de notre système de santé on cesse enfin de considérer comme inévitable une situation proprement inacceptable. Les citoyens qui sont passés par là, eux, ne comprennent pas cette attitude fataliste qui dénote un très faible niveau de compassion. Certains comme moi en sont même indignés.
L’ex-occupant de la civière no 76,
Paul Cliche
Pris sur le blog :
http://www.latribuduverbe.com/archives/
2007/05/lurgence_de_maisonneuverosemon.html
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15 mai 2007
7 février 2007
Urgences: «C'est clair que ça se détériore»
Une salle d'attente bondée. Des patients couchés des heures sur une civière. Du personnel débordé. Des couloirs bondés. Les urgences ne vont pas mieux qu'avant. C'est le constat que font des médecins sur le terrain. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, voit pourtant une lueur d'espoir à l'horizon.
Après une légère amélioration, la situation se détériore dans les urgences. Au point où elle atteint presque le niveau qui avait cours en 2002-2003, avant l'arrivée au pouvoir des libéraux.
L'année 2006-2007 est particulièrement difficile. C'est ce que révèle une compilation faite par le Comité de coordination national des urgences, que La Presse a obtenue.
Les données disponibles fournissent un portrait depuis le 1er avril 2006 -début de l'année financière- jusqu'à décembre. Les statistiques fournies depuis 2002-2003 montrent aussi l'évolution de la situation.
Le portrait d'ensemble montre une légère amélioration, suivie d'une nouvelle dégradation.
«C'est clair que ça se détériore. Nous sommes déçus et inquiets», commente d'ailleurs le Dr Alain Vadeboncoeur, président de l'Association des spécialistes en médecine d'urgence du Québec.
Même si l'année 2006-2007 n'est pas encore terminée, il est clair que la durée moyenne de séjour dans les urgences a légèrement augmenté, comparativement à l'an dernier. La durée moyenne de séjour indique le nombre d'heures qu'un patient passe sur une civière aux urgences avant de recevoir son congé ou d'être hospitalisé dans une unité de soins.
Pour l'année en cours, qui se termine le 31 mars, cette durée moyenne est de 15,8 heures. L'an dernier, elle était de 15,2 heures.
Le Dr Vadeboncoeur travaille aux urgences de l'Institut de cardiologie de Montréal. Il constate tous les jours les problèmes qui se vivent sur le terrain. De façon générale, le personnel est débordé et fatigué. Les urgences sont bondées. Des patients sont couchés dans les couloirs.
«La situation est très pénible actuellement de l'avis de tout le monde qui travaille dans le milieu», soutient le Dr Vadeboncoeur.
Hausse de l'affluence
Au cours des quatre dernières années, la fréquentation des hôpitaux n'a cessé d'augmenter. Il y a près de 20 % plus de patients qu'il y en avait en 2002-2003. L'augmentation de personnes âgées est de 13 %.
Cette année, un virus respiratoire, suivi de la gastroentérite et maintenant de l'influenza saisonnière, finissent de compliquer la situation. Surtout pour la clientèle âgée, plus vulnérable.
L'Association des médecins d'urgence du Québec fait le même constat. Malgré les efforts, le bilan final reste sensiblement le même qu'en 2002-2003.
«Pour nous, c'est une grande déception, lance le Dr Laurent Vanier, président de l'UMQ. Il y a certainement des mesures qui ont fonctionné parce que sinon, la situation serait forcément pire que celle que l'on vit actuellement. Mais nous demeurons dans un contexte où ce n'est pas suffisant pour satisfaire des normes minimales de pratique.»
Le gouvernement a dégagé plusieurs millions de dollars pour enrayer le problème d'engorgement dans les urgences. En décembre, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, a annoncé une injection supplémentaire et immédiate de 16 millions. Cet argent servira surtout à rendre plus de lits disponibles. Mais s'il manque de personnel, notamment en soins infirmiers, il est impossible d'ouvrir de nouveaux lits.
Durée des séjours
De façon générale, la durée moyenne des séjours aux urgences n'a pas diminué entre 2002-2003 et aujourd'hui. Elle était de 15,9 heures il y a quatre ans. Elle est maintenant de 15,8 heures. Plus d'un patient sur cinq passe 24 heures ou plus aux urgences. Le pourcentage est même plus important qu'en 2002-2003. Il était alors de 20,2 %. Il est aujourd'hui de 21,1 %. La seule bonne nouvelle pour ces malades est qu'ils passent un peu moins de temps sur une civière, en attente d'un congé ou d'une hospitalisation. Il y a quatre ans, ils attendaient en moyenne 46 heures. Aujourd'hui, ils patientent quatre heures de moins.
Le gouvernement Charest surveille surtout les séjours de 48 heures et plus aux urgences. C'est-à-dire les patients qui passent plus de deux jours sur une civière des urgences.
On note une légère amélioration depuis 2002-2003. Le pourcentage de ces patients est passé de 6,1 % à 5,5 % cette année. Par contre, la moyenne de ce séjour se situe à plus de 68 heures, ce qui est encore long.
Plus de la moitié des 16 régions du Québec ont vu leur situation se dégrader au cours des dernières années. L'Outaouais et la Mauricie-Centre-du-Québec connaissent de grosses difficultés, la première en ce qui a trait aux séjours de 24 heures ou plus et la seconde, pour la durée moyenne du séjour aux urgences.
Même si leur situation s'est quelque peu détériorée, des régions comme la Capitale-Nationale, la Gaspésie et Chaudière-Appalaches maintiennent le cap. La durée moyenne du séjour se situe autour de 12 heures, soit l'objectif fixé par le gouvernement. Un objectif que bien peu d'hôpitaux atteignent.
Du côté de Montréal, la situation s'est détériorée cette année. Par contre, la métropole se classe mieux qu'en 2002-2003. Mais c'est encore là et dans les environs que les pires problèmes d'engorgement existent aux urgences.
Des données encourageantes se dessinent malgré tout. Même si la clientèle aux prises avec des problèmes de santé mentale ne cesse d'augmenter, la durée moyenne de séjour aux urgences pour ces patients a diminué au cours des quatre dernières années. Mais elle frôle encore les 20 heures.
Peu d'évolution dans les urgences du Québec entre 2002-2003 et 2006-2007
Durée moyenne du séjour / % séjour de 24 h ou plus / % séjour de 48 h et plus
2002-2003: 15,9 h / 20,20% / 6,10%
2003-2004: 16,3 h / 21,40% / 6,70%
2004-2005: 15,7 h / 20,60% / 5,60%
2005-2006: 15,2 h / 19,60% / 4,80%
2006-2007: 15,8 h / 21,10% / 5,50%
* Selon le Comité de coordination nationale des urgences.
Après une légère amélioration, la situation se détériore dans les urgences. Au point où elle atteint presque le niveau qui avait cours en 2002-2003, avant l'arrivée au pouvoir des libéraux.
L'année 2006-2007 est particulièrement difficile. C'est ce que révèle une compilation faite par le Comité de coordination national des urgences, que La Presse a obtenue.
Les données disponibles fournissent un portrait depuis le 1er avril 2006 -début de l'année financière- jusqu'à décembre. Les statistiques fournies depuis 2002-2003 montrent aussi l'évolution de la situation.
Le portrait d'ensemble montre une légère amélioration, suivie d'une nouvelle dégradation.
«C'est clair que ça se détériore. Nous sommes déçus et inquiets», commente d'ailleurs le Dr Alain Vadeboncoeur, président de l'Association des spécialistes en médecine d'urgence du Québec.
Même si l'année 2006-2007 n'est pas encore terminée, il est clair que la durée moyenne de séjour dans les urgences a légèrement augmenté, comparativement à l'an dernier. La durée moyenne de séjour indique le nombre d'heures qu'un patient passe sur une civière aux urgences avant de recevoir son congé ou d'être hospitalisé dans une unité de soins.
Pour l'année en cours, qui se termine le 31 mars, cette durée moyenne est de 15,8 heures. L'an dernier, elle était de 15,2 heures.
Le Dr Vadeboncoeur travaille aux urgences de l'Institut de cardiologie de Montréal. Il constate tous les jours les problèmes qui se vivent sur le terrain. De façon générale, le personnel est débordé et fatigué. Les urgences sont bondées. Des patients sont couchés dans les couloirs.
«La situation est très pénible actuellement de l'avis de tout le monde qui travaille dans le milieu», soutient le Dr Vadeboncoeur.
Hausse de l'affluence
Au cours des quatre dernières années, la fréquentation des hôpitaux n'a cessé d'augmenter. Il y a près de 20 % plus de patients qu'il y en avait en 2002-2003. L'augmentation de personnes âgées est de 13 %.
Cette année, un virus respiratoire, suivi de la gastroentérite et maintenant de l'influenza saisonnière, finissent de compliquer la situation. Surtout pour la clientèle âgée, plus vulnérable.
L'Association des médecins d'urgence du Québec fait le même constat. Malgré les efforts, le bilan final reste sensiblement le même qu'en 2002-2003.
«Pour nous, c'est une grande déception, lance le Dr Laurent Vanier, président de l'UMQ. Il y a certainement des mesures qui ont fonctionné parce que sinon, la situation serait forcément pire que celle que l'on vit actuellement. Mais nous demeurons dans un contexte où ce n'est pas suffisant pour satisfaire des normes minimales de pratique.»
Le gouvernement a dégagé plusieurs millions de dollars pour enrayer le problème d'engorgement dans les urgences. En décembre, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, a annoncé une injection supplémentaire et immédiate de 16 millions. Cet argent servira surtout à rendre plus de lits disponibles. Mais s'il manque de personnel, notamment en soins infirmiers, il est impossible d'ouvrir de nouveaux lits.
Durée des séjours
De façon générale, la durée moyenne des séjours aux urgences n'a pas diminué entre 2002-2003 et aujourd'hui. Elle était de 15,9 heures il y a quatre ans. Elle est maintenant de 15,8 heures. Plus d'un patient sur cinq passe 24 heures ou plus aux urgences. Le pourcentage est même plus important qu'en 2002-2003. Il était alors de 20,2 %. Il est aujourd'hui de 21,1 %. La seule bonne nouvelle pour ces malades est qu'ils passent un peu moins de temps sur une civière, en attente d'un congé ou d'une hospitalisation. Il y a quatre ans, ils attendaient en moyenne 46 heures. Aujourd'hui, ils patientent quatre heures de moins.
Le gouvernement Charest surveille surtout les séjours de 48 heures et plus aux urgences. C'est-à-dire les patients qui passent plus de deux jours sur une civière des urgences.
On note une légère amélioration depuis 2002-2003. Le pourcentage de ces patients est passé de 6,1 % à 5,5 % cette année. Par contre, la moyenne de ce séjour se situe à plus de 68 heures, ce qui est encore long.
Plus de la moitié des 16 régions du Québec ont vu leur situation se dégrader au cours des dernières années. L'Outaouais et la Mauricie-Centre-du-Québec connaissent de grosses difficultés, la première en ce qui a trait aux séjours de 24 heures ou plus et la seconde, pour la durée moyenne du séjour aux urgences.
Même si leur situation s'est quelque peu détériorée, des régions comme la Capitale-Nationale, la Gaspésie et Chaudière-Appalaches maintiennent le cap. La durée moyenne du séjour se situe autour de 12 heures, soit l'objectif fixé par le gouvernement. Un objectif que bien peu d'hôpitaux atteignent.
Du côté de Montréal, la situation s'est détériorée cette année. Par contre, la métropole se classe mieux qu'en 2002-2003. Mais c'est encore là et dans les environs que les pires problèmes d'engorgement existent aux urgences.
Des données encourageantes se dessinent malgré tout. Même si la clientèle aux prises avec des problèmes de santé mentale ne cesse d'augmenter, la durée moyenne de séjour aux urgences pour ces patients a diminué au cours des quatre dernières années. Mais elle frôle encore les 20 heures.
Peu d'évolution dans les urgences du Québec entre 2002-2003 et 2006-2007
Durée moyenne du séjour / % séjour de 24 h ou plus / % séjour de 48 h et plus
2002-2003: 15,9 h / 20,20% / 6,10%
2003-2004: 16,3 h / 21,40% / 6,70%
2004-2005: 15,7 h / 20,60% / 5,60%
2005-2006: 15,2 h / 19,60% / 4,80%
2006-2007: 15,8 h / 21,10% / 5,50%
* Selon le Comité de coordination nationale des urgences.
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